Simon et les codes sociaux.

Posted on 12 août 2010

4


L’autre jour, (parce que ça se passe toujours une autre journée, t’sais) j’étais chez ma mère à faire du lavage. (jugez-moi) Quand véhémement je me fait toiser par une amie à ma mère. «Crisstie, t’es coloré!» Il faut dire, je portais un short carroté bleu, orange et beige avec un chandail de tricoté rayé bleu et beige. Moi j’y voyais un certain ensemble, une certaine logique, beige, bleu avec une couleur tonique en orange avec un certain rythme agréable à l’oeil, et puis, surtout, je faisais du lavage mautadine! t’as pas besoin d’être bien habillé quand tu fais du lavage! ciboire.

Son argument principal tiens en une phrase simple: «Du rayé et du carroté, c’est laid».

Et c’est ce dont je veux discourir. Les F****** codes vestimentaires. Du temps que j’étais au secondaire il y aavait comme une mode en train de secouer les écoles publiques. Celles-ci voulaient imposer un code vestimentaire. Je me souvens que dans mon école ça avait ébranler un brin la majorité de la populace estudiantine. On refusait en bloc ce régime dictatorial et totalitaire, non mais 1984 était passé on était dans les années 2000 maintenant tout de même! On se réclamait de la liberté de nos choix vestimentaires pour nous définir disions-nous.

Ce qui me fascine de remarquer maintenant du haut de ma vieillesse et de ma sagesse (j’ai 20 ans quand même! bientôt 21) c’est avec quelle impertinence nous parlions alors de liberté de choix, de non-respect des codes, et d’identité individuelle. Parce que, je vous le donne en milles: y’a pas pire niveau formatage et intégration des codes sociaux que les adolescents. On se le dira comme ça: ils veulent tous êtres différents en étant pareil. Dans mon temps les filles c’était le tatoo dans le bas du dos, le piercing dans la langue et les cheveux plaqués (blond ou noir mais pas brun)*. En adoptant ces styles elles se réclamaient d’être différentes, mais en même temps elles devenaient toutes pareilles.

Le Freudien en moi est un peu émoustillé là. Peut-être s’agit-il seulement d’une manière de supplanter le pouvoir de la mère et l’autorité du père, une sorte de crise finalement contre les parents et peu importe le style qu’elles adoptent l’important c’est que le parent soit choqué et qu’il sente qu’il perd son contrôle sur l’enfant? C’est une hypothèse.

Ce qui m’attriste si effectivement c’est cela le coeur du problème c’est que ces personnes en dépit de s’affirmer avec leur propre codes prennent en définitive le moyen le plus simple d’affirmation: adopter un code préfabriqué par des entreprises spécialisés dans l’image. (Ça rejoint un peu ce que j’avais dit plus tôt ici et ici ) La norme implique toujours une cetaine abdiquation d’une partie de son être et d’une révolte. Alors il y a ces deux forces contraires dans l’homme: le besoin de plier et le besoin de se révolter. C’est intrinsèque. Plier implique une abdiquation de soi (en partie ou en totalité) tandis que se révolter implique un affirmation de soi (en partie ou en totalité). C’est très de base ce que je vous dis là, c’est certain puisqu’on y échappe pas.  Ce qui m’inquiète donc avec notre belle jeunesse (j’parle comme si j’avais 92 ans…) C’est l’abdiquation d’une partie de soi (plier) via l’affirmation d’une partie de soi fabulée ou désirée (plier en se révoltant).  Pourtant la logique me suggère qu’une telle chose ne devrait pas. Et pourtant c’est si courant qu’on ne le remarque presque plus. On appelle ça « avoir des modèles ». Ce qui est une chose saine d’avoir des modèle j’en conviens… Mais en inspiration seulement. Vouloir devenir l’émule de quelqu’un d’autre ne mène en définitive à aucun renouveau. Alors l’adolescent veux être quelque chose d’autre que lui-même pour être non-conforme à lui même, ce faisant il devient comme les autres parce qu’il adopte les paradigmes et les codes préfabriqués qu’on lui propose. Pour ensuite passer toute sa vie à se retrouver alors qu’il aurait été plus simple ne pas se quitter, Non?

Ou peut-être que notre vérité individuelle est une chose si intime et si difficilement acceptable et compréhensible qu’il faut toute une vie pour la trouver. Et si toute la vie était notre vérité individuelle?

J’ai pensé à toutes ces choses quand je me suis entendu dire à l’amie de ma mère: «Ah… J’avais pas remarqué, j’pensais pas que ça choquerait, moi ça me choque pas, j’me sens pas en désaccord avec quoi que ce soit.»

______________

*Pour les garçons c’était la chemise Dragon/Manga ou les gilets de bands métal. Avec des cheveux longs retroussant dans le bas. Pis les criss de souliers de Skate. C’était pas vraiment plus glorieux…

Publicités