«Ce que tu attendais de l’essentiel»

Posted on 29 octobre 2011

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Je voulais faire un article bien. Qui témoignerait de quelque chose d’agréable ou de percutant. Vous savez, un article qui parlerait avec cette langue qui n’est pas un outil. Un article qui parlerait du réel, du vrai, du sensible. Je n’ai en mains rien de tout celà. Simplement quelques pistes. Beaucoup de choses se meuvent et grouillent autour de moi. 6 cours à l’université c’est exigeant, j’ai été naïf. J’avais oublié mon esprit infertile en friches continuelles. J’ai lu intensément Kyrie Eleison de Hélène Monette. Je me questionnais sur qui était «tu». Tu t’es qui toué? T’es un p’tit qui toué? Bah non j’ai pas de réponse.

Tu comptais sur les normales saisonnières pour te ramener à la vie. Que la pluie te touche. Qu’un vague nuage à peine éclairé t’émeuve. Que la boue t’offre des parfums de terre, banals; c’était là ce que tu attendais de l’essentiel.

Tu donnais dans la contradiction et l’amnésie. Tu t’égarais, souvent. Tu composais alors un numéro sur le cadran, nerveux. Un, deux. Tu décidais de te taire. Trois, quatre. D’aller dehors. Sept, huit. Sans raccrocher.

Et la pluie s’abattait sur toi, sans parapluie. Rageait la pluie. Sans égale.

Hélène Monette, Kyrie Eleison, Les herbes rouges, 1994, (P.22)

« Tu » se devait d’être moi. Forcément. Depuis trois ou quatre mois j’ai cette crise, se doute qui vient te pendre par les pieds. Cet espèce de non-sens, le cul-de-sac d’espérer, de vouloir être quelque chose, être mystique, se rouler dans le rouge et crier des idioties à l’horizon. La raison de la crise: des bagatelles, des idioties aussi: Qu’est-ce que j’attendais de l’essentiel? Moi, connard devant ma vie. Un peu obnubilé, légèrement attendri, plutôt ravi de penser que l’art, la poésie pourrait me sauver, pourrait sauver tout simplement. Qu’est-ce que j’attendais de cet essentiel? Rien de ce que c’est en réalité. Parce que l’art sauve pas, elle plonge, elle noie l’âme dans elle-même et que la poésie te sort la tête de l’eau pour te faire respirer l’air irrespirable de ta médiocrité intérieure. J’ai une vie intérieure angoissée. À l’extérieur Québec-la-vile (sic) c’est pas très loin du bois pis du ciel. C’est un peu entre les deux. Ça l’a du réconfort d’être à deux trois pas d’un boisé. Savoir l’embouchure de la rivière Saint-Charles pas trop loin.

Où je veux en venir c’est l’impasse. L’impasse d’être dans une ville aussi stagnante qu’un lac de montagne, mais où j’y suis bien, mais où je stagne, mais où je suis bien… Je suis allé trop souvent à Montréal dans les derniers mois pour pas être charmé. Mais j’y allais dans des contextes tellement stimulant aussi, dans la réalité je sais qu’elle n’a rien de charmante quand le quotidien revient, quand le loyer rentre, quand les espaces sont si restreints et que l’argent se raréfie. C’est partout pareil. Peu importe le logement. Peu importe la rente. Peu importe l’université (ou la non-université). Parce qu’au final, je le vois. J’ai pas le niveau, j’ai pas le talent, j’ai pas le temps. Je ne fais pas partie des grands de ce monde (qui n’a plus ni de grandeur, ni d’horizon, mais qui n’a plus de soleil non plus.) beaucoup m’accable, je m’accable de m’accabler autant. Si seul et sans chair à quoi me tenir, sinon la mienne, dégueulasse, terrifiée, molle, surtout molle. J’ajoute des phrases, en fait j’ai rien à dire. Je poste pour affirmer: oui j’ai un blogue!, oui j’ai des choses à dire en pensant (Tout le monde s’en contrefou, tes opinions et tes petits poèmes gardes-les pour toi, va surtout pas embêter les gens dans leur ville, sur leur scène, arrête de faire chier petit bullshiteux.)

L’école des Arts Visuels. Memento Mori.

J’ai amené ma mère aujourd’hui dans mon pavillon. J’ai profité de son char pour ramener des travaux à la maison, pis pour lui faire visiter. Elle a trouvé ça beau. Elle m’a dit: « cette fois on dirait vraiment que tu travailles à quelque chose de sérieux.» Terriblement sérieux. Horriblement sérieux, horriblement déroutant, horriblement vain. Après il n’y a rien, seulement la terreur et la solitude. Non j’exagère. Après il y a la vie, où il ne faut jamais faire des erreurs, où c’est plus permis, où il faut être sérieux (justement) où il faut absolument faire une chose grandiose de sa vie (dans l’idéal sinon on tombe dans l’ordinaire). Rappelle-toi que tu vas mourir, que tout ça n’aura voulu rien dire. Evite les remords  et les regrets soit brave.   le sais que t’es pas un talent jeune. Tu l’sais que y va falloir que tu y mettes toutes les miettes de ton existence. Memento mori, parce que la mort t’oubliera pas, c’est la seule d’ailleurs qui ne t’oubliera pas. Tous les autres t’oublieront. Fatal comme ça, t’attendais quoi de l’essentiel? Une réponse? Et si l’existence détruisait l’essence et inversement? … Sartre en prendrait pour son rhume.

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Posted in: Quotidienneté