La Lithographie

Posted on 29 novembre 2011

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Ça fait une session que j’explique à tous le monde que je croise ce que c’est que la Lithographie. Étant un peu à boute, là, dra là j’ai l’goût d’en jaser. Tu vas pas crère à ça. La lithographie c’est le cousin intoxiqué de la sérigraphie, pis le coloc de la gravure. D’abord, Lithographie étymologiquement: du grec ancien Lithos: Roche, Pierre et gráphô: Écrire. Mon dictionnaire du français contemporain (qui est pus très « comtemporain » vu qu’il date de 1966) t’éclaire en disant: Lithographie: n.f Reproduction par l’impression des dessins tracés au moyen d’une encre spéciale sur une pierre calcaire. Là t’es en business. Donc la Lithographie c’est quoi? C’est dessiner sur une pierre spéciale, puis le reproduire en multiple copies via un procédé.

Là, je suis conscient que personne qui lit ce texte veut VRAIMENT se partir un workshop de litho alors j’entrerai pas dans les détails techniques (C’est plate de se faire parler de ça) Mais si y’a du monde que ça intéresse, on en jasera.

D’abord ce qui fait que la liho est la litho c’est la pierre. C’est pas avec n’importe quelle roche que tu peux faire ça. La Litho se fait avec une pierre calcaire qui était originellement minée en Bavière.  J’en parle au passé puisque la seule mine à pierres lithographiques serait épuisée et son dernier chargement coulé au fond de la mer en chemin vers New-York avant la deuxième guerre. Alors tous les lithographes réutilisent tous les mêmes pierres. Il ne faut pas confondre la Lithographie et la Lithogravure, outre le fait que se sont les deux des techniques d’estampes utilisant une pierre, les deux techniques sont complètements différentes. La lithogravure est une méthode d’impression embossée (donc en bas-relief) et la lithographie, elle se sert de la particularité de ces pierres calcaires de Bavière à retenir les corps gras. La première étape de la lithographie est donc de dessiner avec un médium gras sur la pierre poncée (lorsque la pierre est poncée on dit qu’elle est « ouverte », moi je dis « spread eagle », et alors réceptrice au gras) Oui, si t’es ben trash tu peux crisser un poulet PFK sur ta pierre lithographique pis imprimé c’que ça donne sauf que là tu te rappelles que y’a un vrâ artiste qui lui a dû passer au moins 5 heures dans un passé lointain à dessiner sur la même pierre sur laquelle tu crisses le susdit poulet.  Par différents procédés d’acidulation ensuite, on peux travailler les zones hydrophobe (grasses) et les zones hydrophiles pour obtenir une image plus ou moins contrasté. Après avoir dessiner au crayon lithographique ou avoir peint au tüsche, (des médiums à dessiner gras) tu passes à l’étape de l’acidulation avec la gomme arabique et l’acide nitrique. Parce que la lithographie contrairement à la sérigraphie et la gravure n’est pas un procédé en aplats, c’est important de le mentionner. L’image lithographique est une image modulée pouvant contenir toutes les nuances du gris. L’idée à cette étape est d’agir sur la trame de la pierre pour augmenter ou préserver les zones hydrophobes. Viens ensuite des étapes de montage et d’acidulation pour stabiliser la pierre et ses zones pour produire une belle impression nuancée et stable. Voici un vidéo de rien de moins que le MoMa pour mettre des images sur les patentes que j’viens juste de vous parler.

Dans ce vidéo-là on voit que le lithographe (qui est tout à fait adorab’) passe tout de suite de la pierre dessinée à l’impression. Nous, à l’école des arts visuels de l’Université Laval, on fait une étape de plus, on met pas tout de suite de l’encre pour imprimer, on met de l’encre à monter, puis on lessive l’image à la lithotine pour mettre de l’encre à imprimer. L’avantage: l’encre à monter est plus grasse, sèche pas, on ne perd pas l’image à travers le temps. Ce qui me fait penser: toutes les shop à lithographies ont des méthodes différentes. C’est pourquoi entrer dans le détail de la quantité d’acide nitrique ou de coups de rouleaux ou de la durée de l’acidulation, vraiment, c’est inutile. On peut suivre les conseils du charmant monsieur du vidéo du MoMa ou faire autrement. L’intérêt c’est de faire de l’expérimentation empirique pour adapter le processus à son art. Il faut aussi se souvenir que chaque pierres lithographiques réagissent différemment à l’acide. (Mon prof me dit: La pierre est vivante, et je le crois, c’est vrai, You must belive. Anyway c’est pas scientifique c’t’affaire-là c’est magiquo-mystique).

L’étape finale c’est l’impression. (gneh!) Pour ça il faut une presse lithographique (oui oui parce t’as EN PLUS besoin d’une presse spéciale) de l’encre à imprimer, de l’eau, du Varsol (I like the smell of Varsol in the morning). Maintenant que votre pierre est parfaitement stable, donc que les zones de gras et d’eau sont bien définies, l’impression peux commencer. Imprimer consiste en peu de choses: mettre de l’encre sur la pierre et presser un papier contre cet encre pour y imprimer l’image. Ce qu’il y a à se rappeler du processus lithographique c’est que les images sont dessinées tels qu’elles seront imprimées sauf qu’elles sont en miroir selon l’axe des X.  (la gauche de la pierre devient la droite de la feuille).  Donc on passe l’image au Varsol, on monte l’image avec l’encre à monter (on la monte ou on la met au point les deux termes s’emploient). Puis on est prêt à imprimer sur du beau papier (un autre charmant monsieur n’est-ce pas?) Donc, tu crisses ton papier sur la pierre humide (toujours humide la pierre, la lithographie se fait dans l’humidité), tu passes sous presse et voilà t’as une Litho originale pis t’es content!

(checke la chanceuse qui a une presse électrique… on a pas ça nous autres. On fait runner nos pierres à l’huile de bras comme des pros.)

Viens, et que l’on se Varsol
les graisses de ton image dissoute
sur toi et l’encre et le charabia du rouleau.
Tu es là pierre nue,
liquide suit le feu de ta surface.
Tu montes en flèche
excitée, pierre
et tu bois, cochonne, toute la graisse que l’eau ne répulse plus.
Viens que l’on se varsol.

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