Prospecter #5

Posted on 2 février 2012

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(Écrit sous la Nouvelle Contrainte, jour 5)

Il s’écroule sur le plancher, subitement, haletant, la chevelure détrempée de la sueur grasse qui suintait de lui depuis le début de la course. Le mur laid, vert hôpital, encadre son essoufflement. Il râle par à-coups profond en saccades plus en plus rapprochés et longues; mais il est en vie. Il avait douté jusqu’au pas de sa porte qu’il pourrait le semer. Le tourment tourna le coin, les spasmes de sa respiration en paroxysme. Sa main nerveuse dans le tiroir à gauche du lavabo. Sa main, rallonge raide, saisit l’inhalateur. Puis la bouffée, salvation finale, il se permet de déglutir. «Criiiiiiss…» vomit-il d’une voix rauque de trachée bombardée à l’asthme. Les muscles des cuisses bandée à l’ultime effort, le shake qui lui prend, se relève enfin en s’appuyant sur le mur fragile menaçant d’un moment à l’autre de tomber. Ses rétines, même dans cette semi-pénombre de fin de juillet, sont aussitôt assaillies par le vert criard qui règne dans toute la cuisine du 2 et demi embourbé. Sa tanière, pensait-il, sont chez lui de swamp la vaisselle jamais faite, l’eau stagnante où naissaient des myriades d’armadas de mouches à fruit. Il scanne le bordel, l’ordinateur en veille pulse nonchalamment dans le coin juste sur le pupitre adossé à l’unique châssis de fenêtre de tout l’appartement. Il patauge dans les tas de merdes textiles qui jonchent le sol invisible, frayent à la recherche du pupitre où il s’échouerait, craintif et brisé (les lignes de communications rompues) devant l’écran purgatoire où s’alignaient les gros titres.

Il était toujours vivant.

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